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12
may

Démocratie, cette vielle dame fatiguée que l’on voudrait remplacer

par Théophane Le Méné

Friedrich Hayek constatait qu’après une première période glorieuse pendant laquelle on comprend la démocratie comme une sauvegarde de la liberté personnelle et où elle l’assure effectivement parce qu’elle accepte les limitations posées par un Nomos supérieur à elle, la démocratie en vient tôt ou tard à revendiquer le pouvoir de régler n’importe quelle question concrète selon la décision d’une majorité, sans égard au contenu de cette décision. Maître de conférences à l’université de Perpignan, Jean-Louis Caccomo semble justifier ainsi ce propos : « Hitler est arrivé démocratiquement au pouvoir. Puis, une fois en place, il a supprimé purement et simplement les institutions de la démocratie. Cet épisode devrait entacher pour le moins la légitimité du principe démocratique lui-même. Ce dernier est pourtant aujourd’hui décliné sur tous les registres comme si démocratie impliquait justice et vertu. (...) Mais suffit-il d’être nombreux à avoir tort pour avoir raison ? La légitimité se dégage-t-elle seulement du nombre ? La qualité est-elle en ce domaine liée à la quantité ? »
Que reste-t-il une fois que l’on a dit cela ? Une fois dépassée la démocratie, de quoi hériterons-nous ? Certes, les propositions ne manquent pas, mais à l’épreuve de l’expérience, survivront-elles ? La question se pose par exemple avec le Mouvement « Nuit debout ». Ovni politique encore difficile à identifier, le mouvement occupe le pavé depuis bientôt un mois et donne du fil à retordre à un gouvernement qui ne sait comment le gérer - après l’avoir lui-même involontairement enfanté en mettant sur la table un projet de loi sur le travail qu’il entendait entériner au plus vite, c’est-à-dire sans véritable concertation. Initialement mouvement de contestation à la loi El Khomri, les revendications se sont élargies à des questionnements plus divers. Nuit debout l’affirme, il veut repenser tout le système. « Sais-¬tu ce qui se passe là ? » interpelle ainsi le site officiel du mouvement. Et le même site de décliner son objet : « Des milliers de personnes se réunissent Place de la République à Paris, et dans toute la France, depuis le 31 mars. Des assemblées se forment où les gens discutent et échangent. Chacun se réapproprie la parole et l’espace public. Ni entendues ni représentées, des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde. La politique n’est pas une affaire de professionnels, c’est l’affaire de tous. L’humain devrait être au cœur des préoccupations de nos dirigeants. Les intérêts particuliers ont pris le pas sur l’intérêt général. »
Il faut le reconnaître, l’objet est séduisant. Voir une jeunesse dans la rue qui refuse la fatalité, les turpitudes de notre monde postmoderne et qui se lève pour l’affirmer a quelque chose qui relève du panache. On la comprend à moins. Le chômage explose et elle ne se reconnait plus dans le référentiel de gauche, passé au libéralisme sans même crier garde. Alors elle se met à rêver. Elle occupe la Place de la République. Elle convoque l’histoire : la Révolution française, la Commune, Mai 68. « A la Bastille mes amis / Sus à l’oppression / A bas les privilèges / hardi-Petit / canons en batterie » semble hurler cette jeunesse. Mais le mouvement souffre de sa propre analyse. Lorsqu’on le voit bouter le philosophe et académicien Alain Finkielkraut venu entendre les doléances, on ne peut s’empêcher de constater que tout le monde n’est pas le bienvenu ; lorsque des voitures sont brûlées et des policiers grièvement blessés, on ne peut s’empêcher de constater que la propriété des petites gens et le travail d’une partie de la couche populaire lui importe peu ; lorsque les Assemblées générales se multiplient pour mieux se diviser ensuite dans des déclinaisons paritaires, puis transsexuelles, puis cisgenres, puis vegan, puis antispécistes, puis racialistes, on ne peut s’empêcher d’y voir un amalgame d’égoïsmes particuliers peu porté à penser l’intérêt général. Comment croire à la convergence des luttes – une utopie que l’histoire n’a jamais su faire accoucher – avec un tel mouvement si transversal qu’il ne peut s’incarner, composé d’atomes d’organisations, de particules de militants et d’électrons follement libres ? Comment croire à la convergence des luttes lorsque la dialectique qui prédomine s’articule autour des droits subjectifs et de la jouissance de chaque individu ? Et surtout renverser le système pour quel autre système ? Bien malin qui le sait. Mais en guise de réflexion, s’en remettre à l’écrivain – en l’espèce, Flaubert - capable de décrypter les ressorts de l’humanité, donne à relativiser sur notre régime et sur son irréversibilité : « La démocratie n’est pas plus le dernier mot de l’humanité que l’esclavage ne l’a été, que la féodalité ne l’a été, que la monarchie ne l’a été. L’horizon perçu par les yeux humains n’est jamais le rivage, parce qu’au-delà de cet horizon, il y en a un autre, et toujours ! ». En clair, il faut attendre.

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