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07
dec

Cette république qui ne veut plus rien dire

par Théophane Le Méné

La soirée électorale de dimanche dernier n’aura pas fait exception à l’usage immodéré du terme, et pour cause. En tête dans six des treize nouvelles régions, le Front national confirme sa position de premier parti politique de France et c’est désormais par assauts répétés que ses adversaires s’évertuent à dénoncer l’absence de républicanisme du parti, comme si subitement cette formation politique avait perdu le sésame qui l’autorise habituellement à intervenir dans le débat.
C’est qu’il est de tous les combats comme de tous les éloges funèbres. De tous les discours politiques comme de tous les livres d’histoire. Préfixe et suffixe à la fois. Epithète et attribut simultanément. Rassemblant et excluant en même temps. Un mot dont on use et on abuse parce qu’il semble rendre celui qui le prononce Chrysostome. Terme immanent par excellence, on lui accole des idées, des concepts et des utopies comme on arrange un mariage pour conforter une position. Ainsi, il viendra qualifier –cette liste ne prétend pas à l’exhaustivité- un parti, un arc, un pacte, un contrat, un journal de l’Est et même une garde à cheval. Et puis l’on viendra qualifier la notion de sociale, ouverte, respectueuse, solidaire, laïque, si tant est qu’elle ne soit pas bananière, etc. Un nom : république. Un adjectif : républicain. Deux vocables que l’on accommode à toutes les sauces et où chacun trouve midi à sa porte.
A l’instar de la tolérance qui est sorti outrageusement des maisons dans lesquelles on l’avait assignée, la république est devenue le concept sans objet d’une satisfaction nécessaire. Une sorte de poupée gigogne dans laquelle s’additionne les états d’humeur, les rivalités et les opinions. Un appendice autant utile pour ne rien dire qu’inutile parce qu’il ne veut plus rien dire. On voudrait en rire un peu que l’on paraphraserait Montherlant ironisant sur la Neuvième Symphonie : « Il y a deux cents ans que l’on tartine sur elle ; on y arrive extasié d’avance, y apportant, comme dans les auberges espagnoles, tout ce qu’on souhaite d’y trouver. » On voudrait lire un peu que l’on s’attarderait sur ce chapitre du roman de Carol Lewis, De l’autre côté du miroir, où Humpty Dumpty converse avec Alice : « Quand j’utilise un mot, dit Humpty Dumpty, il veut dire exactement que ce que j’ai choisi qu’il dise ; ni plus, ni moins /
La question est de savoir, dit Alice, si vous pouvez faire que les mêmes mots veuillent dire tant de choses différentes / La question est de savoir, dit Humpty Dumpty, qui est le maître. C’est tout. »
Alors bien sûr, on convoque Camus : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde ». On repense avec Chesterton : « Un jour, on tirera l’épée pour prouver que les feuilles sont vertes en été ». On relit le petit dialogue imaginé par Proudhon en 1840 : « Vous êtes républicain ? / Républicain, oui ; mais ce mot ne précise rien. Respublica, c’est la chose publique. Or quiconque veut la chose publique, sous quelque forme que ce soit, peut se dire républicain. Les rois aussi sont républicains ». On s’attarde sur les propos du Professeur de droit constitutionnel Frédéric Rouvillois : « On utilise ce mot en refusant de prendre en compte le fait qu’on ne sait pas ce qu’il veut dire, en s’interdisant de voir le reste du monde (où la monarchie britannique est plus garantes des droits et des libertés que la République de Corée), et en oubliant qu’il y a eu une France avant la République. Charles Péguy l’avait bien compris, qui tentait de faire comprendre que la France n’était pas née le 14 juillet 1789, et encore moins le 22 septembre 1792 (date de proclamation de la République). Ce qu’exprime sa formule devenue célèbre « La République, notre royaume de France ». » Et l’on se délecte d’un courrier du poète Henri Raynal à l’académicien Marc Fumaroli sur le phénomène de rétrécissement de la langue par impropriétés grotesques mais tueuses. Phénomène qu’ils comparent à ces « algues tueuses » qui, une fois introduites dans un écosystème marin, y font un ménage par le vide. Et l’on se dit que ce ne sont pas les Camelots du roi qui pendront la gueuse mais ceux qui se font complaisamment véhicules de mots employés à contresens, et se substituant d’autorité aux mots qui font sens.

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