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26
jan

Être Charlie ou ne pas être ? Telle ne doit pas être la question

par Théophane Le Méné

« En vérité, on devait être Français. Car la nationalité était bien là le plus petit dénominateur commun de ces dix-sept personnes à la vie brusquement arrachée. »

De mémoire de kiosquier, on n’avait jamais vu cela. Le nouveau Charlie Hebdo signé par les rescapés de l’attentat s’est arraché dès sa parution mercredi dernier ; en milieu de matinée, il était devenu impossible de s’en procurer un exemplaire, sauf à aller le négocier sur des sites spécialisés en enchères. Le lendemain, le tirage était porté à 5 millions d’exemplaires, soit deux millions de plus que prévu. Il faut dire que ces derniers jours, entre horreur, dégoût, déni, colère, le voile du deuil portait le nom du journal satirique et il paraissait impossible de pouvoir s’en démarquer, au risque de blesser l’union nationale, au risque aussi de troubler la décence qu’exige de telles circonstances. Comme on dépose une gerbe sur un cercueil, beaucoup ont considéré qu’il fallait – ne serait-ce que pour une fois – acheter Charlie Hebdo ; pour soutenir la liberté d’expression, parce que le crayon devait être au-dessus de la barbarie. Etre « Charlie » ou ne pas l’être, telle est donc la question qui, depuis le 11 janvier, rend toutes les autres interrogations caduques. Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de la chaîne France 2, l’a d’ailleurs fort bien résumé : il faut repérer et traiter ceux qui ne sont pas « Charlie »… Et les affubler d’une étoile jaune, a-t-on envie de lui demander ?

La période de deuil a ceci de singulier qu’elle efface le plus souvent les dissensions, du moins dans un temps suffisamment conséquent pour être remarqué. Qui n’a vu ces familles qui se déchirent mais qui observent une trêve lorsque le patriarche rend l’âme, ces gens qui ne se sont pas parlé depuis des années mais à qui les funérailles redonnent le verbe ou l’envie d’une étreinte, fut-elle timide et furtive ? Les jours qui ont suivi le 11 janvier ont été de cette engeance. Les victimes récurrentes de Charlie Hebdo ont été les premières à exprimer leurs condoléances et leur soutien. Il y avait là bon nombre de musulmans ; et bien sûr l’église catholique, pourtant habituée à figurer de manière ignoble dans les pages du journal satirique.

Mais on a voulu trop en faire. Il ne fallait pas seulement compatir, il fallait être. L’incarnation devenait le préalable nécessaire de la compassion. De mémoire d’homme, la décence n’a jamais imposé qu’à l’empathie s’ajoute l’expression subite de sentiments dithyrambiques. Sauf dans les pays totalitaires, à la mort des tyrans, pour ne pas finir derrière les barreaux. En réalité, on pouvait être Charlie ou pas, et pas seulement. On pouvait être juif, policier, athée. En vérité, on devait être Français. Car la nationalité était bien là le plus petit dénominateur commun de ces dix-sept personnes à la vie brusquement arrachée.

L’Histoire est ironique. De tout temps Charlie Hebdo s’est voulu en dehors des clous, provocateur, d’accord avec personne, surtout pas conventionnel, intraitable avec ses ennemis, prônant l’indécence jusqu’à l’abject, riant de tout – parfois jusqu’à la nausée. Et voilà qu’il fallait maintenant se contorsionner dans des habits – ceux de Charlie – qui se voulaient pourtant sur mesure. Voilà qu’il fallait éviter toute critique. Voilà qu’il fallait pleurer, encore et toujours.

Dans les jours qui ont suivi cette nouvelle publication, des milliers de chrétiens sont morts au Nigéria. Des milliers d’autres sont menacés un peu partout dans le monde. Ils n’auront pas pour eux le RAID, le GIGN et le SPHP. Ils n’auront pas pour eux quarante chefs d’État pour venir leur rendre hommage. Ils n’auront pas pour eux quatre millions de gens qui défilent. Seul le silence aura prévalu pour eux. Et cela parce qu’ils étaient tout. Sauf Charlie.

Théophane Le Méné

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