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13
jan

Nous devons nommer le mal qui ronge notre société

par Théophane Le Méné

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »

Il est encore trop tôt pour tenir de grands discours sur la façon dont on aurait pu éviter cela. Et en même temps il est trop tard. Dix-sept hommes et femmes ont perdu la vie dans ces effroyables tragédies, celle de Charlie Hebdo, celle de Montrouge, celle de l’Hyper Casher. D’autres sont blessés, certains entre la vie et la mort. Depuis mercredi, la France compte ses morts en même temps qu’elle se relève et époussette ses épaulières comme pour signifier au monde qu’elle est plus que jamais là. Hier, des centaines de milliers de français se sont pressés dans la rue. Les noms de ces dix-sept français résonnaient dans la capitale. Et soudain le pays semblait être devenu ce village gaulois d’Uderzo et Goscinny, si prompt à la chamaille mais soudé dans l’adversité.

Il viendra pourtant un moment où il faudra faire les comptes car les responsabilités s’additionnent et les larmes des Madeleine d’hier ne les effaceront pas. Ceux qui hurlaient depuis des années que le retour aux heures les plus sombres de notre histoire portait le nom d’Eric Zemmour, d’Alain Finkielkraut, de Laurent Obertone ou de Michel Houellebecq devront s’expliquer. Ceux qui se sont tus lorsque Robert Redeker osait critiquer l’islamisme au péril d’une fatwa ou lorsqu’Eric Zemmour était évincé d’i-télé devront justifier leur soudaine allégeance à une liberté d’expression qu’ils n’ont cessé de bafouer par le passé. Ceux qui ont prôné les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie, du Kosovo et en ont fait un terreau fertile du terrorisme islamiste devront aussi être entendus. Ceux qui évoquaient des actes isolés, ceux qui réduisaient ad hitlerum les augures de bon nombre de Français, ceux qui euphémisaient avec condescendance la triste réalité d’un pays en voie de balkanisation, ceux qui se réjouissaient de la mort de la nation, ceux qui plaidaient pour l’adoucissement de la politique pénale, ceux qui voyaient l’intégrisme partout sauf où il fallait le voir ; ceux- là aussi devront répondre.

Il ne faudra pas aller chercher bien loin sinon dans la liste de ceux qui dirigent le pays depuis quarante ans et de ceux qui orchestrent le bal médiatique qui l’accompagne depuis ce temps. Hier, ils se gargarisaient de mots pour tenter d’expliquer l’indicible. On entendait leur vieille rengaine : « pas d’amalgames », comme si les Français étaient infiniment stupides pour aller accuser leur voisin. A leurs côtés, les représentants de la Turquie, de l’Arabie saoudite, du Qatar reprenaient en cœur, oubliant un peu vite les destinataires de leurs ordres de virement.

Il faut le dire car ne pas nommer les choses ajoute du malheur au monde. Nous ne pouvons continuer à être cet idiot qui regarde le doigt quand le sage montre la lune. La France est rongée par un mal, celui du communautarisme, de l’embrigadement dans un fondamentalisme islamique qu’elle ne peut plus ignorer. Au pays de Voltaire, est-il impossible d’affronter la question que soulevait l’auteur même du Dictionnaire philosophique : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »

Charles Péguy, un siècle et demi plus tard proposait une réponse que l’on verra comme une sentence à cet angélisme auquel on nous astreint depuis trop longtemps : « Parce qu’ils n’ont pas le courage d’être du monde, ils croient qu’ils sont de Dieu. Parce qu’ils n’ont pas le courage d’être d’un de ces partis de l’homme, ils croient qu’ils sont du parti de Dieu. Parce qu’ils ne sont pas de l’homme, ils croient qu’ils sont de Dieu. Parce qu’ils n’aiment personne, ils croient qu’ils aiment Dieu ».

Théophane Le Méné

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