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27
jan

France, qu’as-tu fait de ta promesse de liberté d’expression ?

par Théophane Le Méné

« La censure semble être devenue la nouvelle arme destinée à faire taire ceux que l’on n’a pu convaincre autrement »

Que ne s’est-on gargarisé en France, au moins depuis deux siècles, d’abriter au sein de l’hexagone l’ensemble des libertés fondamentales et à plus forte raison la liberté d’expression. On veillait sur elle comme une poule sur ses œufs et on surveillait, non sans l’arrogance que beaucoup d’autres pays étrangers nous arrogent, à ce que nos voisins s’en inspirent ou du moins n’en dévient pas, quitte parfois à aller guerroyer pour le maintien de celle-ci. Le coq français chantait et la France se pavanait. Quand il hurlait et que certains protestaient, on brandissait l’ex-voto à la mémoire de Voltaire et de sa citation apocryphe : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Les anciens s’en souviennent. Dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, on pouvait dire les choses et, pire, en rire. L’extraordinaire Desproges chatouillait les sensibilités juives en exaltant avec un cynisme impressionnant les clichés qui les conduisirent pourtant au génocide quand il n’égratignait pas les féministes - qui avaient pourtant découvert l’indignation avant Stéphane Hessel - en même temps qu’il distribuait quelques roustes à la calotte. L’inénarrable Coluche n’était pas en reste dans le domaine quand il mordait l’antiracisme dont il fut pourtant le géniteur involontaire ou qu’il ironisait sur les homosexuels. Même en politique, on osait encore parler franc sans risquer les anathèmes que l’on connaît aujourd’hui. A tort ou à raison, Jacques Chirac évoquait alors sans vergogne « le bruit et les odeurs » qu’il attribuait au défaut d’assimilation des étrangers – chose inimaginable aujourd’hui. En février 1981, on se souviendra aussi d’un Georges Marchais, alors secrétaire général du parti communiste français, qui, dans son discours de Montigny-lès-Cormeilles, fustigeait non sans une certaine violence les dégâts de l’immigration. Bref, lorsque l’on interroge le passé, les exemples abondent. Rire ou franc-parler, qui oserait encore cela aujourd’hui, au risque de subir la vindicte institutionnelle ? De se voir marqué au fer rouge d’homophobie, antisémitisme, ou de racisme, cet estampillage trinitaire et gigogne qui permet de bannir n’importe qui sur n’importe quoi.

En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen accédait au second tour, nombreux furent les politiques de premiers plan à s’indigner du résultat des urnes. Ils justifiaient cette entorse à l’acceptation démocratique en usant du paradoxe de la tolérance évoqué par Karl Popper : ne pas tolérer l’intolérance. Il semblerait que ce paradoxe s’étende désormais à la liberté d’expression et que ne puisse être exprimé que ce qui est exprimable sans que l’on ne se demande un seul instant qui est bien capable de décider de cela – sinon Dieu – sans céder au parti pris inhérent au cogito. Au fur et à mesure du temps, un arsenal législatif est venu encadrer cette restriction de la liberté d’expression, notamment avec les lois Pleven, Gayssot ou Taubira qui transforment bon nombre d’opinions en délits et qui imposent légalement une version de la réalité (historique, sociale, politique) à laquelle même les chercheurs doivent se soumettre, nonobstant de nouvelles découvertes qui viendraient invalider des thèses, jusque-là retenues.

Dernièrement, les exemples n’ont pas manqué pour venir sanctionner un usage trop libéré au goût de quelques-uns, et in fine de la justice, de la liberté d’expression. Qu’ils soient journalistes, politiques, humoristes, ou simples citoyens, nombreux sont ceux qui ont eu à connaître de poursuites et si certaines étaient sans aucun doute méritées, d’autres relevaient véritablement de l’absurdité la plus élémentaire : le déni du réel au profit du politiquement correct. A l’inverse, nombreux sont aussi ceux qui ont décidé de courber l’échine plutôt que d’affronter les prétoires et qui se parent désormais de pensées exaltant « l’Autre » (pour reprendre la formule consacrée du philosophe Alain Finkielkraut) ou d’amitiés insoupçonnables afin de ne laisser aucune ambiguïté à l’interlocuteur qui, ne sait-on jamais, pourrait le dénoncer si son opinion transpirait malgré un discours extrêmement rodé et assurément dans les clous.

Alors la France, pays de la liberté d’expression ? Les américains hurleraient de rire si l’on osait encore le dire, eux qui lui ont réservé le premier amendement de leur Constitution ; les Anglais avec. Les scandinaves qui la regardent comme le principe le plus absolu au nom de la permissivité ne s’en étonneraient pas moins. Récemment le classement international Index of Economic Freedom plaçait la France dans la catégorie des « démocraties imparfaites » au 62ème rang, entre la Thaïlande et le Rwanda ; un chiffre reflété par un autre classement : la place de quatrième des pays les plus condamnés par la Cour européenne des droits de l’homme pour violation de son article 10 protégeant la liberté d’expression - juste derrière la Turquie, l’Autriche et la Russie. Et si quelque chose s’était éteint au pays des Lumières ?

Aujourd’hui plus que jamais, beaucoup ont le sentiment de ne plus pouvoir parler aussi librement qu’avant. La censure semble être devenue la nouvelle arme destinée à faire taire ceux que l’on n’a pu convaincre autrement ; faire taire ceux qui ne parviennent peut-être pas encore à s’autocensurer comme il faut. Mais méfions-nous, la paix sociale ne s’achète pas par l’uniformité, moins encore si elle est obtenue par la force. L’histoire de l’humanité a par bien trop de fois montré qu’en essayant de réfréner les passions, on ne pouvait que les radicaliser. Et alors il n’est plus question de mots prisonniers mais de maux qui se libèrent. Pour le malheur de tous.

Théophane Le Méné

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  commentaires

  • C’est vrai qu’il vaut mieux fermer sa gueule sinon les "nouveaux- gentils-beats-democrates" ne vont pas trainer pour vous traiter de "phobe"quelque chose et ces bien-pensants aidés par la police de la pensée politique et quelques militants associatifs en recherches de reconnaissance auront vite fait de vous poursuivre parout et toujours et vous raser de la moindre idée qui dépasse !!!

  • La censure est partout et apparaît même de manière larvaire dans la presse qui est le plus souvent à la solde du pouvoir politique, économique et culturel en place.

    Un petit exemple qui semble anodin, mais qui est pourtant révélateur.

    Quasiment toute la Presse en Belgique a supprimé, depuis quelques mois, la possibilité de commenter dans les forums de ses organes (quelques exemples parmi d’autres : lalibre.be ; lesoir.be : moustique.be, etc.) sauf en utilisant le module Facebook !!! Une soumission inconcevable à un réseau social qui vaut ce que l’on connaît déjà ! On imagine désormais que tout le monde utilise Facebook ! Et, d’une certaine façon, en procédant de la sorte, on force les gens à utiliser Facebook ! La raison du changement est simple : les modérateurs n’acceptent plus les commentaires virulents et surtout sont devenus incapables de gérer leurs forums. Ils ont l’impression que le module Facebook permet désormais de mieux contrôler les choses. Très inquiétant si l’on s’imagine, à tort ou à raison, que l’utilisation de Facebook permettra de mieux surveiller les auteurs des réflexions et surtout de mieux les pister...

    Cette nouvelle manière de procéder que j’assimile à une censure déguisée marque le début de la fin d’une certaine presse écrite très éloignée de l’indépendance de l’esprit…

    Je pense donc de plus en plus qu’une certaine Presse officielle concourt au musellement de la collectivité : il est bien connu que les institutions officielles sont les principaux clients de cette dite Presse !

    Cette censure déguisée est également à dénoncer de toute urgence si l’on ne veut pas se faire définitivement bouffer par Big Brother ! Facebook est le nouveau novlangue de 2014...

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