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16
dec

Qui a eu cette idée folle d’un jour inventer l’école ?

par Théophane Le Méné

« Ces mauvais élèves sont les laissés pour compte d’un monde nouveau, celui de la mondialisation »

Tous les trois ans, la publication du classement PISA* soulève les hauts cris dans les pays occidentaux, souvent les plus grands, qui ont hérité des moins bonnes places. La France, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni s’illustrent en queue de peloton pendant que Finlande, Corée du Sud et généralement Asie les narguent depuis le podium.

Chacun a son avis éclairé sur les vices de l’évaluation, qui favoriserait tel système scolaire, dit « anglo-saxon » - alors qu’étrangement ce sont les asiatiques qui y excellent – ou bien sur la chute désespérante de l’instruction publique de son pays. Tout ceci n’est pas faux, mais personne ne semble vouloir mettre les pieds dans le plat et constater la cause première et exacte qui fonde ce classement. Les pays qui triomphent sont ou bien des nations à la population réduite et homogène, ou bien des nations qui pratiquent encore l’enseignement avec la sévérité d’un monde passé. La France ou les États-Unis ne manquent pas d’excellent élèves - au contraire ils y sont plus nombreux qu’ailleurs ! Mais les mauvais élèves y sont eux aussi plus nombreux qu’ailleurs.

Ces mauvais élèves à l’impéritie parfois bien trop flagrante ne sont pas apparus par un coup de baguette magique. Ils sont les laissés pour compte d’un monde nouveau, celui de la mondialisation, de la disparition des valeurs sociales autres que l’argent, la puissance et la domination. On voit, et c’est une ironie de l’histoire, réapparaître une inégalité de classe foncière dans les pays qui se voulaient les plus égalitaires, les fameux pays de « l’égalité des chances ». Enfants de l’immigration ou de la population de souche déclassée, niggers ou white trash, ces élèves font les frais d’une anti-société où l’exacerbation du désir individuel a fait s’effondrer toute solidarité ancienne. L’école est obligatoire, mais ses buts sont vaseux, variables, indéfinis. C’est comme si elle était devenue parfois un centre aéré qui déchargerait des parents trop occupés, petits valets du capital, de la charge quotidienne de leur progéniture. L’école a toujours été en concurrence avec la transmission des valeurs familiales, celles du travail paternel ou maternel que l’on reprenait quand son tour était venu, celles de la région et du milieu où l’on était né. Face à ces particularismes parfois enfermants, l’école était le lieu de l’universalité du savoir où quiconque, d’où qu’il vînt, pouvait faire la preuve de son talent d’être humain. L’école était ce lieu de l’abstraction : abstraction des origines, abstraction du savoir qui y était dispensé, abstraction du métier futur.

Mais aujourd’hui, ce pouvoir d’abstraction s’est retourné contre lui-même : à trop croire que n’importe qui pouvait accéder au savoir à n’importe quelles conditions, les systèmes égalitaristes et universalistes occidentaux ont oublié les exigences qui les fondaient à l’origine. La promotion sociale, l’élévation intellectuelle promises au bout des études justifiaient que l’on arrachât les élèves à toutes leurs déterminations et que l’on employât les moyens adéquats pour cela. Hélas, la grande révolution bourgeoise libertaires des années 60, naïvement confiante dans l’avenir et dans la bonté de l’humanité, a cassé le ressort sévère mais juste de cet enseignement. Parallèlement à cela, la vague néolibérale a renvoyé dans les poubelles de l’histoire la noblesse des humanités qui fabriquaient l’honnête homme au profit du professionnel compétent dans sa matière limitée, performant, bankable et adapté au marché. L’élève lui-même des systèmes d’enseignement occidentaux a intégré ce que l’on attendait de lui, se réifiant en futur travailleur cotisant pour sa retraite.

Ce déclassement correspond, plus sûrement qu’autre chose, à la perte du sens de l’avenir propre à des pays vieillissants psychologiquement, dont les derniers rejetons n’aspirent plus qu’à trouver une bonne place de rouage dans la grande machinerie productive. Il y a longtemps qu’à l’école, ils ne cherchent plus un homme comme disait Diogène, et que la lanterne de leur curiosité est éteinte.

*Program for International Student Assessment

Théophane Le Méné

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