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28
nov

Le changement, c’est toujours !

par Jacques de Guillebon

« L’herbe n’est plus verte chez le voisin une fois qu’on l’a piétinée en masse »

« Résister au bougisme », préconisait il y a dix ans Pierre-André Taguieff. Le malheureux historien des idées, en sus d’être un hérétique persuadé que l’immobilité pouvait avoir du bon, rêvait qu’il fût encore possible de s’opposer au gigantesque mouvement brownien qui secoue tout le globe. « Si tu bouges pas, t’es mort », tel est plutôt et à l’inverse le slogan du temps.

Le gentil postmoderne est persuadé que par la grâce agissante de la démocratie humanitaire le grand moment de l’amitié entre les peuples, celle qui doit précisément aboutir à leur disparition par un métissage culturel, voire racial pour ceux qui y croient par derrière eux, est advenu. Nous avons vu finir le monde ancien. Enfin, presque. Ça ne se passe pas toujours comme dans le plan. Mais on y arrivera. On y arrivera parce que le Progrès le veut, et qu’on ne discute pas ses augures, surtout quand se conjugent en lui les deux plus grandes forces de l’époque, les deux libertés autoproclamées, celles du libertarisme et du libéralisme. Le premier est d’ailleurs déjà le dupe du second, mais il ne le sait pas. Naomi Klein avait parfaitement analysé cette "stratégie du choc" » propre au néolibéralisme, selon laquelle toute catastrophe, naturelle ou politique, lui profite. Elle avait illustré ce propos par l’exemple frappant de La Nouvelle Orléans après le passage de l’ouragan Katrina, occasion inespérée d’enfin moderniser cette vétuste cité d’un autre âge.

Les déplacements massifs de population auxquels nous assistons, sans équivalents dans l’histoire, sont un autre facteur puissant de l’établissement du règne du seul maître qui compte maintenant, celui de l’argent. Travailleurs pauvres, aventuriers en quête d’une vie meilleure bernés comme les paysans français du XIXème siècle par les lumières de la grande ville, expats, cadres aux dents longues, clandestins survivants des eaux noires de la Méditerranée, chair humaine victime des cartes et des mafias, tous d’une manière ou d‘une autre, souvent malgré eux, participent de ce bougisme qui défait les peuples dans le sens organique.

Quand la conscience de classe, les corporatismes, le sentiment d’appartenance à un lieu ont disparu, quand s’effacent les liens locaux et immédiats, la démocratie d’opinion triomphe dans son illusoire objectivité. C’est l’époque où des incultes élisent d’autres incultes selon leur désir momentané, ce qu’ils nomment liberté. « Parfois ils se réveillent apeurés et cherchent en tâtonnant la vie », comme disait Debord. Mais très vite, ils se rendorment pour oublier qu’ils ne sont désormais plus que des parts de marché. Des parts de marché électoral, mais surtout des parts de marché de la consommation. L’obscur travailleur tamoul du faubourg Saint Denis ne sait pas ou ne veut pas savoir que lorsqu’il achète un jeans à Paris, c’est sa cousine restée au pays qui l’a cousu pour trente centimes de l’heure. Et lui-même participe sans le savoir à la déflation salariale en cours dans les pays développés en apportant sur le marché sa force de travail déloyale.

L’herbe n’est plus verte chez le voisin une fois qu’on l’a piétinée en masse. Mais c’est surtout la disparition des cultures familiales, ethniques, locales, nationales qui sert Mammon : d’un bout à l’autre du globe, McWorld étend son empire et la disneylandisation devient générale. Peut-être y avait-il en vérité chez les beaufs, les ploucs, les pauvres gens attachés à leur terre, à leurs traditions, à leur coutume les moyens millénaires de résister à l’apocalypse du désir, peut-être y avait-il cette common decency chère à Orwell, ce dernier bien du pauvre, l’art de savoir vivre, c’est-à-dire de savoir s’empêcher.

Nul doute que le temps des grandes migrations, de la transhumance sans retour n’est pas celui de la joie, ni du bonheur, mais celui des paradis artificiels, à ce titre éphémères et fondamentalement destructeurs. Le temps comme l’espace ont disparu et c’est tout l’art de la distance, distance géographique et civilisationnelle, distance intime surtout, distance à soi et à l’autre, première condition de la morale et de la philosophie, qui s’est éteint. La sagesse ne reviendra jamais.

Jacques de Guillebon

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